Fabienne Gil Paradeis vit et travaille à Bordeaux. Son activité professionnelle de psychologue entre en résonance avec sa pratique photographique et inversement. Elle utilise la photographie avec les publics fragilisés avec lesquels elle travaille, afin de leur proposer un outil pour exprimer leur trop plein de sensibilité. La médiation photographique devient alors un puissant vecteur de restauration, de rencontre avec soi- même. La fabrique d’images est l’un des projets menés en étroite co-construction avec les personnes rencontrées.
Plusieurs stages, à Arles et ailleurs, avec différents photographes dont Klavdij Sluban, lui ont permis de préciser une voie et de trouver la forme à donner à son travail. Son écriture fait une large place à l’émergence de ce qui est en creux. Elle s’appuie sur une narration sous tendue par l’intime. Elle enrichit son corpus d’incursions plastiques en intervenant sur les images pour fabriquer une matière, qui lie le fond et la forme. Sa démarche s’articule autour de thèmes tels que la mémoire, l’absence, la transmission générationnelle, l’exil, la fragilité psychique, les impensés.
L’Espagne de mon enf(r)ance éclaire les failles telles des sources de création. La série visite le passé, le fait vivre dans le présent, transforme la perception que l’on a de nous mêmes, de notre histoire. Elle révèle les traces de son lien à l’Espagne, à sa lignée maternelle, à son identité.
En 2025, ce travail a été retenu pour trois festivals ainsi que pour une publication dans la revue Pourtant, « silence », numéro 10. L’obtention, la même année de la Certification « Développer et diffuser un projet photographique d’auteur » à L’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie (Arles) lui a permis de construire des fondations solides sur lesquelles poursuivre son travail photographique.
En 2026, une parution de la série a vu le jour dans la revue numérique Corridor Eléphant ainsi que l’édition d’un livre avec Corridor Eléphant édition en cours d’impression. Au Mans, le festival Les Photographiques a projeté un extrait de la série au cours de l’évènement. Enfin, une photographie tirée de l’Espagne de mon enf(r)ance a été présentée dans le cadre du Women’s Eye Photography, au sein d’une exposition collective internationale composée de 25 photographes, au Budapest Foto Fesztival. La revue Punkt a publié un article avec la photographie retenue.
Photographier de l’intérieur est mon socle, ce qui me met en mouvement. Cela ne signifie pas un repli sur soi, au contraire, c’est accepter pleinement la subjectivité, accueillir son histoire, avec ses chemins de vie composés de lumières et d’ombres.
Cette posture suscite la rencontre de ce qui me regarde. Je crois, comme le dit Wajdi Mouawad, que ce qui me regarde est là bien avant que je n’en prenne conscience, que je ne le vois à mon tour. C’est par ce chemin que je peux attraper des fragments de ce à quoi je suis aveugle, qui est devant moi. C’est en ce sens que ce que nous voyons, c’est aussi ce qui nous regarde, dans une oscillation entre la précision du voir et le flottement du regard.
Je vais très régulièrement marcher dans un parc près de chez moi, j’y photographie « du jamais vu ». Plus troublant est le fait que je ne retrouve pas ce que j’ai prélevé la fois d’avant ; ce que je vois un jour est perdu pour les jours qui suivent. On touche ce que l’on voit et on est touché par ce qui nous regarde. Ce qui m’intéresse, ce sont les impensés. Ce sont des images que nous n’avons jamais vues avant de nous souvenir d’elles.
Mon écriture photographique va tenter de traduire une relecture de ce qui est en creux.
Dans la série L’Espagne de mon enf(r)ance, à partir des souvenirs, de témoignages, je fabrique un récit qui va réapparaître dans le présent. Cette narration advient dans une faille creusée dans la mémoire. Dans ma famille, du fait de l’exil, la volonté était de se tourner vers l’avenir plutôt que le passé. J’ai choisi de m’y relier. Je garde l’historique des traces anciennes incomplètement effacées, à la manière d’un palimpseste. Je peux lire en transparence dans ce limon, qui est à la fois oubli et mémoire.
J’ai utilisé des images d’archive, je suis intervenue sur les photographies en les déchirant, les grattant, les décomposant mais aussi en les recollant, les faisant cohabiter, les imbriquant telles des poupées russes. Cette composition permet de créer un dialogue entre plusieurs épaisseurs, en apportant le relief manquant à mon histoire. Cela revient à habiter l’image, redonner chair à ce qui m’est cher.
«J’aime dans le travail le moment où il décolle imperceptiblement vers la fiction après avoir pris son élan sur la piste de la véracité.» Hervé Guibert, photographe
La photographie les relie à une matière à penser, à rêver, et leur permet finalement d’être « portées » en retrouvant du sensible à l’intérieur d’elles- mêmes. Ce récit transforme des images latentes en images manifestes.
Jean-Michel André, dans Chambre 207 va revisiter un traumatisme, au cours duquel il a perdu la mémoire. Il mêle photographies, éléments d’enquête, archives, qui vont créer une matière propice à une réappropriation. Ce travail m’a énormément touchée, il n’a pas retrouvé la mémoire de ce souvenir, mais il en fabriqué une, au plus près de sa vérité.
Enfin, Michel Poivert dans son ouvrage Contre culture dans la photographie contemporaine parle d’une photographie surcyclée, manufacturée, faisant parler les photographies. Le travail de la matière va tirer l’image vers un objet hybride pour exprimer de nouvelles sensibilités. Ainsi, la photographie est pensée comme un objet tangible. La réappropriation des photographies vernaculaires, des albums de famille, fait basculer l’intime dans l’universel.
Je m’identifie à ce courant qui est au cœur de ma démarche photographique et me fait me sentir présente au monde.
«Entre oeil et mémoire, entre regard et pensée, entre visibilité et latence, la photo bat .Elle bat son plein, elle bat des ailes, elle va et vient, glisse sans fin de l’un à l’autre. Palimpseste encore.» Philippe Dubois-L’acte photographique
J’ai connu ma grand mère habitant un quartier où les exilés espagnols avaient recréé leur petite Espagne.
Quand j’étais enfant, m’y rendre me ravissait.
Je me sentais immergée dans cette atmosphère, bercée par la musicalité de la langue.
Cependant, on s’adressait à moi en français. J’étais là et eux, étaient ailleurs.
M’est revenue une phrase que l’on me disait souvent enfant, qui faisait référence à une timidité extrême chez moi…
« ben alors, tu as perdu ta langue ? ».
Je n’ai jamais appris à parler l’Espagnol.
Série 25 photos réalisée en 2024/2025, en Espagne (Aragon) et en France
Techniques mixtes, superpositions numériques, collages manuels, utilisation photos d’archive, découpage de personnages positionnés in situ.
Je mène des ateliers avec la médiation photographique à la clinique des hauts de Cenon près de Bordeaux. C’est un service d’hospitalisation de jour, qui propose un parcours de réadaptation et de soins de support suite à une affection de longue durée.
Le dispositif repose sur deux rencontres avec des personnes volontaires. Je ne sais rien d’elles ou presque, seulement leurs noms. Un studio est installé dans un espace spacieux. À la première rencontre, un lien se crée, la personne aborde ce qu’elle veut. Le mot «subir» revient souvent. Je leur propose une scène où elles vont pouvoir se voir autrement, en devenant actrices de leurs photographies. L’idée est celle-là : fabriquer des photos ensemble, croiser nos imaginaires. Je leur demande pour la deuxième rencontre d’amener quelque chose qui est important pour elles.
Les personnes jouent toutes le jeu, et le je. Certaines arrivent avec des vêtements touchant à leur identité, d’autres mettent en scène des situations qu’elles ont hâte de retrouver, d’autres encore amènent des objets qui ont une histoire etc. Elles prennent la main, choisissent, inventent. Je ne les prends pas en photo, je fais une photo avec elles. Elles retrouvent du bon, du beau en elles. En toute fin de deuxième séance, je leur demande de me confier quelques mots avec lesquels à mon tour, je vais créer un visuel en résonance. Ainsi, le diptyque devient le miroir de notre rencontre.
Série réalisée entre 2022 et 2025, 12 photos.
Techniques mixtes : photos numériques et incursions plastiques (découpages, collages de revues, différents papiers).
Sabrina
Estelle
Magali
Carole
Armelle
Présence(s) Photographie
Montélimar 2025
Chemins de Photos
Est Audois 2025
Revue Réponses photo
Octobre 2024
&
Revue Epic
Janvier 2022
Budapest
Exposition collective Women’s eye
Formations
2025 Certification Développer et diffuser un projet photographique d’auteur – École Nationale Supérieure de la Photographie – Arles
2025 Atelier Photographier de l’intérieur avec Michael Serfaty et Sylvie Hugues – Le Pangolin – Marseille
2023-2024 Masterklass d’une année avec Klavdij Sluban – Paris
2023 Workshop avec Klavdij Sluban – Monténégro et Albanie
2023 Workshop Parcours pour un regard : une exploration sensible – avec Klavdij Sluban – Les rencontres d’Arles
2022 Workshop Construire son regard, de la prise de vue à l’editing avec Jean-Christophe Béchet – Les rencontres d’Arles
2022 Workshop Lumières sur le portrait avec Nicolas Havette – Les Rencontres d’Arles
2020 Atelier Images latentes Le labo photo révélateur d’images- Bordeaux
2018 Atelier- Les bases du post traitement avec Photoshop -Le labo photo révélateur d’images Bordeaux
1989-1991 Atelier Option Photographie Institut Régional du Travail Social – Talence
Expositions-Réalisations
2026 Exposition collective au Women’s eye du Budapest Foto Fesztival
2026 Les Photographiques projection d’un extrait de L’Espagne de mon enf(r)ance. (Le Mans)
2025 L’Espagne de mon enf(r)ance-Festival off visa pour l’image en collaboration avec chemins de photos-Perpignan
2025 Exposition collaborative Leica Tour Palais de Tokyo-Paris
2025 L’Espagne de mon enf(r)ance – Exposition en extérieur sur bâches dans le cadre du festival Chemins de Photos – Villesiscle (ouest Audois).
2025 l’Espagne de mon enf(r)ance – Projection du diaporama et exposition à Marsanne dans la Drôme dans le cadre du festival Présence(s) photographie – Montélimar
2023 Autoportret në Balkan – diaporama (1’49) – Monténégro
2023 Demain s’ouvre au pied de biche – diaporama (1’45) Restitution de travail de workshop – La Croisière-Arles
2023 La fabrique d’images-exposition – rencontres avec la médiation photographique – Clinique des Hauts de Cenon
2022 Stalingrad – Exposition-Restitution de travail de workshop – La Croisière-Arles
2022 Un autre chemin – exposition collective avec le Photo Club de Bordeaux
2021 Exposition autour du cirque/théâtre d’improvisation avec un groupe d’adolescents du DITEP Rive Gauche de l’Association Rénovation – Bordeaux
Publications
Publication d’une photographie de la série L’Espagne de mon enf(r)ance dans la revue PUNKT (avril 2026)
Publication série L’Espagne de mon enf(r)ance dans la revue CORRIDOR ÉLÉPHANT 7.2 (mars 2026)
Publication série L’Espagne de mon enf(r)ance dans la revue Pourtant #10 «silence» (octobre 2025)
Publication dans la rubrique Analyses Critiques du numéro 374 de la revue Réponses Photo (octobre 2024)
Publication numérique dans la sélection du jeudi de la Revue Epic (27 Janvier 2022)
Édition
Parution du livre L’Espagne de mon enf(r)ance avec Corridor Éléphant édition (en cours)
Collaborations
2024 Création du Collectif de photographes LUMEN à Bordeaux